Aujourd’hui, vous allez découvrir l’interview de Capucine Vercellotti ostéopathe et multi-passionnée autour de la femme et de la périnatalité. Nous avons abordé différents facteurs qui favorisent l’allaitement aussi bien pendant l’accouchement qu’après.

Alexandra : Bonjour capucine, je suis contente de te retrouver aujourd’hui, on va aborder l’accouchement et les conditions qui favorisent un bon allaitement mais d’abord, je souhaiterais que que tu te présentes à nous.

Capucine : Bonjour, je suis Capucine Vercellotti, je suis ostéopathe, j’ai créé un centre de formation pour les  professionnels, qui s’appelle “le mouvement qui soigne” et donc j’accompagne principalement les nourrissons de 0 à 1 an et je me suis aussi beaucoup intéressée à l’accouchement physiologique parce j’en ai  eu besoin pour moi et j’ai trouvé cette compréhension de l’accouchement super intéressante et ça donne aussi beaucoup de pouvoir aux femmes de comprendre comment ça fonctionne. C’est quelque chose qui peut faire un petit peu peur  l’accouchement et avoir les outils pour comprendre, je pense que c’est important. 

A) L’accouchement physiologique favorise l’allaitement

 

Alexandra : Qu’est-ce qui t’a amené du coup à l’accouchement

physiologique ?  une première expérience peut-être 

Capucine : Alors, comme j’étais ostéopathe, j’avais déjà eu des cours sur la physiologie. 

Puis ma mère a très très bien accouché.

J’ai une tante qui a accouché à domicile.

Donc moi je voulais déjà un accouchement physiologique pour mon premier et j’étais allé dans une maternité qui a un label “ami des bébés” et j’avais déjà fait des formations avec

un gynéco qui a été un des précurseurs de “l’accouchement sans douleur”, c’était dans les années 80, il était aux Bluets à Paris. J’avais déjà fait cette formation, préparé un projet d’accouchement physiologique. 

Et puis bah, ça ne se passe jamais comme on le prévoit. J’ai eu un accouchement assez long. 

( une quarantaine d’heures),

J’avais un bébé qui n’était pas sur le col. Bref, c’est un peu long donc j’ai fini au bout de 24 heures, j’ai demandé une péridurale. Au bout de quelques heures, je leur dit “vous me couper ce machin, je n’en veux plus” 

Finalement, l’accouchement s’est plutôt bien passé quand tu regardes, j’ai quand même accouché à 4 pattes, avec ma péridurale branchée. La totale. La sage femme, me dit “c’était super, on aurait dû vous filmer, c’était trop bien”.  

Mais je me suis dit, c’est pas possible que ce soit ça l’accouchement, il y a forcément un truc que j’ai pas compris.

Alexandra : Excuse-moi de te couper est-ce que tu peux, expliquer peut-être l’accouchement physiologique, s’il y a des personnes qui regardent et qui ne savent pas la différence entre ce qu’on appelle physiologique et un autre je suppose médicalisé

Capucine : Alors moi je vais le définir avec les hormones. Quand on a un accouchement physiologique, tu as les hormones qui arrivent, l’ocytocine et les endorphines. Ce qui est intéressant, c’est qu’elle est antidouleur. Pour moi un femme qui accouche sans péridurale, mais sans endorphine, je ne lui souhaite pas.  Et ça arrive, une femme qui avait prévu d’accoucher avec une péridurale et ça va plus vite que prévu et on la stresse et donc il n’y a pas les endorphine. c’est pas sympa du tout. Je comprends qu’il y ait des femmes qui disent “non, non no way, j’accouche avec ma péridurale”

Je comprends parce que cet accouchement qu’elles ont vécu était naturel, on va dire, mais pas physiologique.

Je fais vraiment la différence. Pour moi, ce sont les taux d’hormones qui sont présent qui font que tu peux gérer la douleur, les sensations de l’accouchement. 

L’accouchement médicalisé,  il y a différents niveaux de médicalisation, on ne va pas détailler aujourd’hui.  

Alexandra : Du coup on peut avoir un accouchement physiologique mais aussi à l’hôpital.

Capucine : n’importe où.  Les hormones sont à l’intérieur de nous.

Heureusement qu’on peut avoir des accouchements physiologiques à l’hôpital et je sais pas où tu es mais moi je vois que sur mon secteur, il y a d’énormes changements qui sont fait en maternité sur l’accompagnement

Alexandra : je suis en région parisienne et déjà en un an et demi de temps, j’ai vu des différences entre mes deux accouchement.

Donc voilà, ça dépend des pratiques de chaque hôpital.

On était sur sur ta présentation, je crois et on est déjà parti déjà sur l’accouchement.

1) Premier facteur INCONNU de l’accouchement physiologique

Capucine : Donc, voilà je t’ai raconté un petit bout de mon premier accouchement. Je me suis dit “il y a des trucs que j’ai pas compris”. Donc, je me suis reformée sur l’accouchement physiologique. En tant qu’ostéopathe, j’aime bien la biomécanique aussi. Avant j’ai fais du sport de haut niveau pendant 10 ans, donc j’étais un petit peu raide. J’ai découvert cette position accroupie. Quand tu es vraiment accroupie, avec les pieds à plat, tu assouplis ton bassin. Tu assouplis ton périnée, tu le renforce. Et moi j’étais incapable de tenir accroupie. 

J’ai travaillé et je me suis vachement assouplis entre mes 2 grossesses, parce que je voulais vivre un 2ème accouchement physiologique.

Déjà, j’ai fait un travail mécanique, de m’assouplir un petit peu. J’ai travaillé aussi avec la sage femme qui m’a préparer pour comprendre. J’ai fait de l’hypnose. 

Donc, on a opté pour un accouchement à domicile, qui a bien eu lieu. 

Alexandra : J’avais une sage femme, qui m’avait dit que la position accroupie c’était pas bien pour le périnée, parce que justement tout le poids reposait dessus. 

Capucine : Il y a eu des études sur les femmes qui vivent accroupies. C’est leur position de tous les jours : elles cuisinent comme ça, elles attendent le bus comme ça, elles font tout accroupi. Elles ont 3% de déchirures à l’accouchement, chez nous c’est 60% et elles ont des périnées 3 fois plus fort que nous, en resserrage en postpartum.  

 

 Alexandra : Ok, donc il faut s’entrainer à se mettre accroupi. 

Capucine : Toutes les femmes que je vois au cabinet, c’est accroupi obligatoire, dès qu’elles sont enceintes, même avant parfois. Les femmes qui sont vraiment très souples, je sais qu’elles vont bien accoucher. Même s’il y a une péridurale qui est posée, elles sont tellement souples que ça passera bien. 

Alexandra : Je ne suis pas souple du tout ^^

Capucine : Il y a d’autres facteurs, comme la laxité ligamentaire à la fin de la grossesse. Heureusement, c’est résilient. La tête du bébé peut se déformer. 

J’ai une femme en tête, qui me dit “je suis un peu inquiète pour l’accouchement”.. Je lui dis “allez-y, mettez-vous accroupi que je regarde”, Elle était d’une souplesse ! “Je ne suis pas inquiète pour vous”. Elle est restée, je crois, 30 minutes à la maternité. Elle a accouché en 1 heure.  C’était la plus souple que j’ai jamais vu. 

Alexandra : Qu’est ce qui pourrait faire qu’on soit trop “raide” ? 

Capucine : En fait, notre corps s’adapte à ce qu’on fait le plus. Aujourd’hui, ce qu’on fait le plus : c’est assis. On est assis sur une chaise, assis dans la voiture, assis pour manger. Le corps va s’adapter à cela. Les gros muscles comme les psoas qui s’attachent sur les lombaires (au niveau des cuisses), vont toujours être trop longs. Donc, ils vont se raccourcir. Cela va se passer pour toutes les structures de ton corps. Tu vas te raidir car le corps veut être le plus économe possible. Comme tu passes 90% de ta journée sur une chaise, ton corps va devenir économe pour cette position là. 

Alexandra : Ça dépend de nos activités quotidiennes. Si on travaille assis, oui. 

Capucine : Tu vois aujourd’hui dans notre société, la majorité des gens sont assis. Tout ça participe au fait que les femmes (les hommes aussi, mais comme on parle de l’accouchement) sont de plus en plus raides. Cette femme dont je parlais tout à l’heure, elle est d’origine maghrébine et chez eux, ils n’ont pas autant de chaises que nous. Ils sont beaucoup plus accroupis. Depuis la petite enfance, elle avait déjà entretenue cette position accroupie. 

Aujourd’hui, au cabinet, je retrouve des enfants de 1 an, 1 an et demi qui ne sont pas capables de s’accroupir. Donc une petite fille comme ça, elle continue à être raide, une fois adulte, elle a perdue cette compétence là. 

Alexandra : Concrètement, il faudrait qu’on fasse quoi ? De la marche, du yoga ? 

Capucine : J’ai un formateur qui me dit, “vous les ostéopathe, votre gagne-pain c’est les chaises !” Je suis assez d’accord avec lui. Ça fait 10 ans que je n’ai plus de chaises, plus de canapé chez moi. 

Alexandra : Du coup, tu es accroupie ? 

Capucine : Oui et on mange sur une table basse, des coussins, des tabourets de méditation. J’ai découvert tout ça, il y a une dizaine d’année. J’étais sportive de haut niveau, je me suis il faut que je trouve un moyen de rester en forme. Je savais que je pourrais faire moins de sport qu’à l’époque. J’ai découvert le travail de Cathy Bauman, une américaine. Je me suis dis c’est génial, c’est ça qu’il faut faire. J’ai demandé à mon mari de couper les pieds de la table, on a viré le canapé. Je voulais avoir au quotidien des choses qui font que je restais souple.   

A coté de ça tu peux faire autre chose, du sport. Cathy Bauman, elle appelle ça les “sédentaires actifs”. Ce sont des gens qui passent la moitié de leur journée assis, au bureau. Le banquier sur l’ordinateur, en rendez-vous professionnel et le soir, il va faire une heure de footing.  

Au cabinet, je remarque qu’il y a des gens actifs dans leurs professions, ceux qui travaillent dans le bâtiment par exemple. C’est physique, du coup ils sont plus en forme que le banquier qui est assis toute la journée. 

Alexandra : Parfois, on peut le créer aussi. J’étais dans l’immobilier et je me forçais soit à bouger du bureau (ne pas rester derrière l’ordinateur). Parfois, c’était juste aller à l’imprimante, c’est pas beaucoup. Par contre, je me garais suffisamment loin pour marcher jusqu’au bureau. J’avais un peu de marche le matin et le soir. De toutes façons, si j’allais faire des visites de biens immobiliers, j’avais forcément un peu de marche car on n’est jamais garé à coté (en région parisienne).   

J’ai vite remarqué les changements, lorsque je n’avais plus ma petite activité physique quotidienne même si ce n’était que de la marche. 

Capucine : Ça me fait penser aux  2 sages femmes qui m’ont formées sur l’accouchement physiologique. Elles me disaient que les femmes enceintes devaient marcher. Il y a en a une qui disaient : il faut grimper une cote 3 fois par semaine, pour que le bassin bouge, elles doivent forcer pour que ça s’assouplisse. La seconde disait une heure et demie de marche par jour., toute la grossesse.

2) 2ème condition : la préparation de l’accouchement physiologique et de l’allaitement

Alexandra : il y a d’autres choses qui peuvent favoriser l’accouchement physiologique, à part la souplesse ? 

Capucine : Pour l’accouchement physiologique, ça va vraiment être une histoire de préparation. (Capucine propose une préparation à l’accouchement ici). On dit que c’est naturel, comme pour l’allaitement. On pense que parce que c’est naturel, c’est facile. Je pense qu’aujourd’hui on a perdu beaucoup de choses qu’il faut réapprendre. La majorité des femmes n’ont jamais vu d’autres femmes accoucher. Et baby boom ça compte pas, on est d’accord. 

On apprend en regardant et quand les femmes accouchaient à domicile, peut être qu’elles voyaient leurs sœurs, leurs cousines accoucher. Elles voyaient ce que c’était la réalité d’un accouchement. 

Dans mon parcours, j’ai eu la chance d’avoir une amie – pas de chance pour elle s’est séparée pendant la grossesse – mais du coup, je l’ai accompagnée à son accouchement. Elle a eu un super accouchement, magnifique. C’est un super cadeau, j’ai pu voir la réalité d’un accouchement, avant que j’accouche de mon deuxième. 

Alexandra : Oui, en fait. Je viens de prendre conscience d’un truc là. En fait, les accouchements qu’on voit sont ceux des séries télé. 

Capucine : Oui, elles font “ah ah”, elles perdent les eaux et voilà. 

Alexandra : dans Friends, Rachel qui attend des heures dans son lit avec sa blouse d’hôpital. Maintenant que tu me le dis et pour avoir vécu 2 accouchements, je sais que ce n’est pas du tout la réalité. 

Capucine : quand j’accompagne des femmes, j’ai tout un stock de vidéos que j’ai sélectionnées qui sont de beaux accouchements. Il faut faire attention avec internet, si tu tapes “accouchement”, tu peux tomber sur des trucs stressants. Le stress et l’adrénaline, c’est ennemi de l’ocytocine et comme on veut beaucoup d’ocytocine aussi bien pour accoucher que pour allaiter. On ne veut pas stresser la future maman, donc il faut sélectionner les vidéos qu’elles puissent regarder et qui puissent l’aider dans cette compréhension de la physiologie.  

Alexandra : Super ! C’est vrai qu’il y a une grande différence entre notre culture qui est très médicalisée, autour de la grossesse, avec un suivi tous les mois etc. Dans d’autres pays ce n’est pas aussi poussé et du coup, probablement moins anxiogène (ça dépend aussi du rapport qu’on a au côté médical). Il y a d’autres cultures où c’est quelque chose qui se fait entre femmes, où on a surement beaucoup plus facilement accès à la vision d’un accouchement “normal”, pas une vision de la télé. 

Capucine : C’est pareil pour l’allaitement. Aujourd’hui, on ne voit plus de femmes allaiter. 

Alexandra : J’en avais jamais vu avant d’allaiter ma première fille. 

Capucine : La transmission qui se fait par imitation. Un enfant te voit nettoyer la table, il va t’imiter et faire comme toi. Nous on apprend par imitation aussi. Si on voit une femme qui allaite, on sera plus à même d’allaiter, ou si toi-même tu as été allaité ou ton conjoint.

Alexandra : Si on a été allaité, on a plus de chance d’allaiter nos enfants. J’ai aussi quelqu’un de mon entourage qui m’a dit “si j’avais eu plus d’exemple d’allaitement, j’aurais probablement allaité”. C’est quelqu’un pour qui ce n’est pas venu à l’idée, car ce n’est pas dans notre culture et elle n’a pas eu d’exemple. C’est quelqu’un de proche et quand elle m’a dit ça, je me suis dit il faut vraiment que je continue ce que je fais. 

Dans l’accouchement, qu’est ce qui favoriserait l’allaitement ? On a parlé un peu des hormones, ce serait autour de cela ?

3) 3ème facteur : les hormones favorisent l’allaitement et l’accouchement physiologique

Capucine : Principalement. Pendant l’accouchement, tu vas avoir une montée d’ocytocine. C’est un système sans rétroaction. L’hypophyse gère les taux hormonaux, dès qu’il y en a assez elle va envoyer un signal pour stopper la production. Pour l’ocytocine, il n’y a pas ce système là, donc on peut en être inondé. Il n’y a pas de rétrocontrôle sur l’ocytocine.  Une fois que tu as beaucoup d’ocytocine, tu commences à avoir de l’endorphine. Elle est antidouleur et amnésiante. Une fois que tu as accouché, tu vas avoir un 2ème pic d’ocytocine qui va favoriser le démarrage de l’allaitement. 

Alexandra : c’est celui où on fait le lien d’attachement avec notre bébé. 

Capucine : c’est cela. Après, on peut faire le parallèle chez les animaux, il y a une période sensible où il va s’attacher à la personne qui est là. Je ne suis pas spécialiste des animaux, mais il y a un créneau où s’il y a un autre animal ou un humain, il va s’attacher à celui-là; tout de suite après la naissance.

Garder le bébé en peau à peau, une fois que tu as accouché, ça participe aussi à la naissance.

4) 4ème facteur : les blocages mécaniques de bébé

Capucine : On l’a dit avant de commencer, dès que tu vas avoir une perturbation (péridurale, césarienne, toutes les instrumentations aussi, ventouses, forceps ), forcément tu vas avoir un impact sur l’allaitement, qui n’est pas forcément hormonale. Par exemple, si tu as un accouchement physiologique, mais qu’à la fin ils mettent une ventouse, tu vas avoir des tensions dans la tête de ton bébé. Peut être qu’il va pouvoir moins bien se placer, moins bien ouvrir sa bouche. Tu peux avoir aussi des causes mécaniques derrière qui vont perturber le démarrage de l’allaitement. Je regrette qu’il n’y ait pas plus d’ostéopathes qui soient là en maternité, pour pouvoir libérer les bébés. 

Alexandra  : Pourtant ça se fait de plus en plus (en tout cas en région parisienne). L’ostéopathe peut intervenir pour quel cas ? 

 

Capucine : je dirai tous. Je prêche pour ma paroisse. la naissance, c’est un sacré challenge pour le bébé. Il va faire une hyper-flexion, une hyper-extension (du cou). Les structures se chevauchent pour pouvoir franchir le détroit du bassin. l’utérus, il n’est pas carré, alors les bébés naissent tous avec une inclinaison. Ils sont tous un peu en banane. Les ostéopathes vont équilibrer leurs tensions. Je trouve que c’est intéressant d’équilibrer ces tensions, que ce soit un ostéopathe ou la maman. Il y a des pays où il y a une tradition de massage, qui va aussi participer à équilibrer cela. Clairement, ça participe à un bon allaitement. Parfois, les bébés sont un peu engagés et ont la tête sur le coté, avoir une déformation sur la face, forcément ils ouvrent un peu moins bien d’un coté. S’ils sont inclinés, il y a un sein qu’il prennent bien et l’autre non. 

 

Que le bébé soit bien détendu dans son corps, dans sa bouche, ça participe au bon démarrage de l’allaitement. 

accoucher sans péridurale

5) 5ème facteur les actes médicaux pendant l’accouchement

Alexandra : justement il y avait une maman qui avait demandé, est ce que la péridurale change quelque chose ?

Capucine : oui puisque dès que tu as une péridurale, tes hormones à toi sont moins présentes. Donc, on va moins avoir ce pic d’ocytocine en post accouchement, donc ça perturbe le démarrage de l’allaitement. Ça dépend de quel péridurale, quel produit, de la durée de la péridurale. Avec 10-12 ou 15h de péridurale, on va avoir des conséquences plus lourdes. 

Alexandra : je pense que c’est assez standard d’avoir une dizaine d’heure de péridurale. 

capucine : non, j’ai des mamans qui font une ou 2 heures, elles tiennent un peu sans. Ce sont des femmes qui en voulaient pas à la base, elles craquent sur la fin. Avec 1 ou 2 heures de péridurale, on a quand même beaucoup moins d’impact sur l’allaitement. 

Alexandra : Peut-être aussi qu’on craque plus facilement pour le premier car c’est l’inconnu et selon la durée. Quand c’est un peu long et de plus en plus fort, on se dit qu’on ne tiendra pas jusqu’à la fin.  

Capucine : J’ai vraiment envie de donner confiance aux femmes pour qui c’est leur premier, pour qu’elles soient capables d’accoucher sans péridurale. Même sur un premier, je l’ai vérifié, si elles comprennent bien et se font accompagner, il n’y a pas de problème. 

Souvent ce qu’il se passe, c’est qu’elles ont bien géré les contractions à la maison. Elles arrivent à la maternité et on leur dit c’est bien madame, vous êtes à 3, vous êtes en début de travail. Là, elles se disent qu’il a fallu 8 heures pour arriver à 3, elles n’osent même pas calculer le temps qu’il faudrait pour arriver à (dilatation) complète. Elles se disent, c’est bon, je n’y arriverait pas.

Mais si on leur dit “il reste 3 contractions avant d’accoucher”, Elles vont dire “pas de problème, je vais les gérer”. 

C’est juste qu’elles font des projections dans le passé et dans le futur. Mais si elles se concentrent sur l’instant présent, ici et maintenant, chaque contraction est toujours gérable. 

C’est ce qu’on apprend aussi en hypnose : il faut les ramener ici et maintenant. Si tu es dans le présent, tu gères des heures et des heures d’accouchement. Tu gères une contraction, tu te reposes, etc. 

Après il faut faire augmenter son taux d’ocytocine, si tu as des perturbateurs sans arrêt qui arrivent. 

Je me rappelle d’une collègue qui est à l’hôpital. Le gynéco arrive, regarde le tracé et lui dit : mais madame il ne faut pas pousser pendant la contraction. Elle répond : « mais je fais ce que je peux monsieur”. Il a été désagréable au possible, elle faisait ce qu’elle pouvait, ça ne dilatait pas et en plus il venait rajouter un coup de stress là dessus. Le stress coupe l’ocytocine. Ensuite, on a réussi à se balader, on a réussi à se remettre dans sa bulle et il y a eu un autre perturbateur. 

Alexandra : Si on veut accoucher à la maison ou du moins protéger sa bulle, tu aurais des astuces pour cela ? 

Capucine : c’est compliqué de te répondre comme ça. Ce que je conseille c’est d’avoir expérimenté avant l’accouchement, la capacité d’être dans le “ici maintenant”. Que ce soit avec des outils comme la sophrologie, l’hypnose, apprendre à se détendre, comprendre à quoi sert la contraction. Si tu arrives en mode “c’est naturel, ça va le faire”, c’est un peu juste pour moi. 

Alexandra : C’était un peu moi ça ^^. 

Capucine : aujourd’hui avec internet tu trouves les informations. Il y a plein de préparations en ligne. Aussi, ne pas écouter les femmes qui te racontent les accouchements horribles. Ne pas regarder Baby Boom. Tu veux des choses qui te donnent confiance dans ta capacité à accoucher. Tu peux écouter les récits des femmes qui ont bien accouché, mais il faut enlever la part de stress (en évitant Baby Boom, ni en écoutant la copine qui a eu un accouchement catastrophique). Il faut trier un peu. 

Alexandra : le problème aussi, c’est que quand on a quelque chose qui s’est mal passé, on va en parler beaucoup plus que quand ça s’est bien passé. Pour les accouchements, comme c’est quelque chose de très intime, soit on en parle pas avec tout le monde, soit au contraire c’est quelque chose qui ressort au moment où il y a une femme enceinte dans la famille, bizarrement là tout le monde parle.  donc c’est tout ou rien. Donc on n’a pas forcément les bonnes informations au bon moment, ni les bonnes informations parce qu’on va avoir un récit d’un accouchement qui s’est mal passé alors qu’on est enceinte et déjà angoissée. ou alors on va avoir un récit comme ça en étant plus jeune, on va le garder en tête pour plus tard. 

Comme dans notre société, on ne parle pas de “comment ça se passe naturellement”, ou quand ça se passe bien, du coup ça joue. On n’a que les projections de la télé et les mauvais récits qu’on entend à droite ou à gauche. C’est l’impression que j’ai en tout cas. 

Même s’il y a de beaux accouchements, les personnes ne vont pas forcément en parler, par exemple, il aura fallu que j’aille poser la question. Ça dépend de l’entourage de chacun aussi.

Capucine : Aujourd’hui, on a 90 % d’accouchement avec péridurale en France. 

Alexandra : non, on est à un peu moins que ça (82.2% après avoir vérifié dans le dernier rapport de périnatalité de 2016) par contre on est à 92.7% pour l’injection d’ocytocine pour la délivrance

C’est-à-dire qu’il mettent une perfusion pour injecter l’ocytocine pour que le placenta sorte, alors que de mon point de vue, ce n’est pas indispensable puisque la nature a tout prévu. 

Capucine : si tu as un accouchement physiologique et que tu as bien ton ocytocine qui est présente et que tu as bien ton 2ème pic une fois que tu as accouché. C’est ce pic qui va faire la délivrance et te permettre d’allaiter. Effectivement, tu n’as pas besoin d’ocytocine de synthèse. 

Si tu as eu une péridurale, là ils ne sont pas sûrs que tu ais assez d’ocytocine. En fait, ils font de la prévention (contre les hémorragies de la délivrance), du coup ils le mettent à tout le monde. 

Il me semblait qu’en Angleterre, ils font un peu différemment. Ils attendent et voient si ça saigne, ils mettent l’ocytocine. Nous,c’est systématique. 

Ca dépend du contexte en fait, si tu as une péridurale, est ce qu’il ne vaut peut être pas mieux avoir l’ocytocine de synthèse ?  

Alexandra : bien sûr, ça dépend des conditions. Pour un accouchement qui s’est bien déroulé, c’est peut être pas indispensable. Après, il faut voir au cas par cas (au lieu de systématiser). 

Capucine : si tu stresse pas la mère en post accouchement immédiat. Souvent, même si l’accouchement il est calme, ça se passe bien. Une fois que le bébé est là, en maternité, ils ont quand même tendance à s’agiter un peu dans tous les sens. Ils prennent le bébé, ils coupent, ils font leurs trucs. Des fois le bébé part et là maman se demande “il est où mon bébé ?”, donc ça, ça stresse.  Alors que normalement, ils essaient de respecter au maximum les 2 heures de peau à peau, on sent que c’est un peu plus développé. Mais j’ai encore des femmes qui me racontent qu’un bisou et hop le bébé est emmené. 

Alexandra : Alors il me semble qu’ils font les soins juste dans la même pièce (de mon vécu en tout cas). Pour ma 2ème, il n’y avait que 2 personnes, lumière tamisée, ça va, ça restait calme. 

Capucine : tu étais sur une clinique privée ou un hôpital public ? 

Alexandra : public, mais par contre l’hôpital avait été rénové et avec le personnel il y avait une différence entre mon premier et deuxième accouchement. Il n’y a pas eu de perfusion d’ocytocine pour ma 2ème fille par exemple. Ils n’ont pas eu le temps en fait. Ils n’ont pas eu beaucoup de temps pour grand chose et m’ont laissé faire. 

Une fois que j’étais installée, elle est vite arrivée, on n’a pas eu le temps de beaucoup se poser de question. C’est mieux comme ça. 

J’ai géré le plus possible à la maison avant, car je savais que c’est ce qui me conviendrait le mieux. Une fois sur place, ils m’ont laissé un peu de côté et en fait ça a été plus rapide que ce qu’ils pensaient. Ça dépend sur qui on tombe. En tout cas, les chiffres ont évolué et à priori dans les directives l’ocytocine c’est de ne pas la mettre à chaque fois. Je pense que ça va aussi évoluer dans les années à venir. 

Capucine : les recherches avancent aussi pas mal. Je suis sur Besançon, ils ont un taux d’épisiotomie qui est à 0.03%, donc en fait ils n’en font pas quoi !

Alexandra : C’est génial ! C’est le même taux que les accouchements à domicile ! 

Capucine : Je sais que les femmes que j’accompagne n’auront pas de problème là dessus puisqu’ils n’en font jamais. Tu vois, à droite à gauche, tu entend qu’ils ont quand même envie que ça se passe bien.

Alexandra : Une conséquence toute bête : le fait d’arrêter de faire ça, ça veut dire qu’il y aura moins de mamans dans ta zone qui vont raconter une histoire d’épisiotomie (il y a quand même la cicatrisation, le corps se répare, mais c’est pas fou à vivre, c’est mieux si on ne l’a pas). Donc, je suis contente de connaitre ce genre de chiffres car ça veut dire qu’il y aura moins de mamans qui auront des épisiotomies et plus d’ accouchements naturels et respectés. 

On a vu que moins il y avait d’actes médicaux et mieux c’était pour avoir un accouchement physiologique et que l’allaitement démarre bien. 

Est-ce que tu vois quelque chose à ajouter sur les conditions qui favorisent le démarrage d’un bon allaitement ? 

On a parlé du peau à peau, à priori la pratique maintenant c’est de laisser les mamans 2 heures en peau à peau après la naissance. 

B) les RÉFLEXES ARCHAÏQUES DE BÉBÉ A LA NAISSANCE ET POUR ALLAITER

Capucine : on peut aborder les réflexes archaïques du bébé. Celui de l’agrippement est connu : quand on met quelque chose dans la main du bébé, il la referme dessus. Tu as des réflexes qui sont là pour sa naissance, qu’il peut exprimer si on ne va pas le chercher. Il peut faire sa flexion, son extension, il va pousser avec ses pieds. 

Ensuite, il y a un tas de réflexes qui vont s’exprimer pour l’allaitement. Le bébé peut ramper jusqu’au sein (pas besoin de le mettre à des kilomètres). C’est pour montrer à quel point il y a une programmation dans le cerveau du bébé pour aller au sein. Comprendre ces réflexes pour moi, ça a été super, ça permet de comprendre plein de choses. Ils sont là pour la survie de l’enfant, s’alimenter, mais aussi pour plein de choses derrière : tenir sa tête, se retourner, ramper, le 4 pattes. 

On a aussi des réflexes pour s’alimenter. 

C’est ça qui est compliqué à comprendre, d’un côté il naît immature, il a besoin de ses parents en permanence H24 et en même temps il a tout un tas de compétences, il peut faire des choses assez extraordinaires.  

Alexandra : On a un peu oublié tout ça. La médicalisation a fait qu’on s’occupe du bébé, on lui fait des soins, on vérifie qu’il va bien. Il y a des cases à remplir. Le bébé était mis dans le berceau, beaucoup de bébé ont été nourris au biberons. Il n’y avait plus ce contact avec la mère, cela s’est perdu en cours de route. Il peut exprimer plus facilement ces réflexes s’il est en contact avec sa mère. 

Les mères aussi ont des réflexes. J’avais lu un article qui disait que toutes les mères avaient le réflexe de poser leurs mains sur le bébé, une fois qu’il était sur leur ventre. Je trouve que c’est un geste protecteur, mais c’est aussi quelque chose d’instinctif. 

Je pense que c’est quelque chose de très difficile, mais il faut essayer de se reconnecter à son instinct animal. 

Capucine : Autant je m’étais énormément renseignée pour l’accouchement. J’ai fais énormément de formation, d’accompagnement etc. Pour l’allaitement, je me suis posée zéro question, je n’ai pas ouvert un livre.  J’ai allaité mes 2 enfants sans problème. J’ai découvert les problèmes d’allaitement avec mes patientes, avec ma demi-sœur (j’ai 2 sœurs) que j’ai accompagnée. Là j’ai découvert, les galères… Quand une femme veut allaiter et que ça ne marche pas comme elle veut, c’est la galère. Ton rôle est hyper important car il y a quand même des choses à comprendre et c’est ce que tu proposes. 

Alexandra : On a fait un peu connaissance, je pense que de part tes formations, tes connaissances en matière de physiologie, tu arrives mieux à te mettre dans ta bulle et te connecter à ton coté naturel. Si tu y arrives pour l’accouchement et que tu as réussi à le remettre en place pour l’allaitement, je pense que ça a dû beaucoup t’aider. 

Malheureusement aujourd’hui, c’est ce que les mamans n’arrivent pas forcément à avoir. En maternité, il y a encore beaucoup de réflexes où au moindre problème d’allaitement, on sort un bout de sein, un biberon… sans que les mamans connaissent les conséquences. 

Capucine : J’ai fait des formations sur l’allaitement et à chaque fois je découvrais des choses. Je suis allé chercher les photos des premiers jours où j’ai allaité, pour voir ce que j’avais fait. Je ne m’en souvenais pas vraiment.  J’ai voulu voir si les positions que j’avais prises, comment était placé bébé, correspondaient à ce qu’on nous dit aujourd’hui dans la recherche. Oui, c’était bon, j’avais tout fait bien. Je n’avais pas intellectualisé les choses. Aujourd’hui on intellectualise l’accouchement et l’allaitement.

Alexandra : On aurait pas besoin d’intellectualiser les choses si tout le monde pouvait faire comme toi et suivre son instinct. Peut-être que tu n’as pas eu trop de perturbation de l’extérieur. Pour ma première fille, j’en ai eu plein.  Même si on en a pas les premiers jours, elles peuvent intervenir lors de la reprise du travail ou à n’importe quel moment. Car on n’en a pas conscience tant qu’on ne le vit pas :

  • soit les étapes de l’allaitement qui font qu’on se pose des questions ou qu’on a une problématique. 
  • soit par l’entourage familial ou les professionnels de santé. Comme ils ont tous été élevés au biberon – je me permets de faire une généralité ^^- c’est nouveau pour eux. Ils vont poser des questions, nous mettre des doutes, nous conseiller de faire autrement. Avec un rien ou 2-3 personnes qui nous parlent de biberons, on va douter et se demander si on fait “bien”. 

Capucine : C’est sûr qu’il n’y a pas de soutien de l’entourage, du conjoint déjà, c’est sûr que c’est compliqué d’allaiter. C’est vrai que j’ai eu des conditions optimales. Mes 2 accouchements se sont très bien passés. Je suis entourée d’ostéopathes : mes parents sont ostéopathes. Mes enfants ont eu des séances d’ostéopathie 4-5h après leur naissance. J’étais sûre qu’il n’y avait pas de blocage. Ils ont été suivis en ostéopathie vraiment très régulièrement. C’est sur que j’ai eu de bons démarrages d’allaitement.       

Alexandra : Quelles difficultés ont rencontré tes sœurs et patientes ? 

Capucine : j’ai découvert les premières crevasses, les abcès, des bébés qui perdaient du poids. On leur a dit de tirer leur lait ou de donner un biberon… J’ai découvert les bébés qui réclament sans arrêt, les problèmes de prise de sein. Je me suis dit “il faut que je creuse”.

C) L’AGE DE LA MAMAN INFLUENCE T-IL LA LACTATION ?

Alexandra : Je passe à une question qui nous a été posé par une maman : Est-ce que l’age a un impact sur la production de lait ? 

Capucine : On en a discuté avant et on a supposé que c’était l’âge de la maman. 

Alexandra : Oui, Si la question parlait de l’âge du bébé , je peux répondre. A quelques jours, bébé ne boit que quelques millilitres, donc il n’y aura pas une grosse production. Vers 1 mois, c’est presque 1 litre de lait par jour. Dans les faits, on ne mesure pas lorsqu’il boit à la source et qu’il est allaité à la demande, on ne s’en soucie pas, la production s’adapte directement aux besoins de bébé. 

Capucine : Pour l’âge de la maman, je ne sais pas. Par contre, je sais que pour un premier c’est plus compliqué que pour un 2ème bébé. Pour un 2ème bébé, le corps a déjà produit du lait; donc ça repart beaucoup plus facilement. Ça ne veut pas dire que pour un premier, on ne peut pas allaiter. 

Pour produire des hormones, la prolactine qui va faire produire le lait, il faut des minéraux, des vitamines. Si la mères en manque, ça peut avoir un impact sur la lactation. On sait qu’avec l’âge on va perdre un peu les hormones du cycle, on peut avoir des dérèglements du cycle. Pourtant j’ai eu des patientes qui ont eu des enfants a 40 et 42 ans, qui ont allaité sans soucis. Ça dépend aussi de son état de santé général. 

Alexandra : A priori le corps a quand même des ressources incroyables. Parce qu’il y avait une étude qui été faite sur des femmes africaines mal nutries et leur lait maternel était aussi nourrissant que celui de n’importe quelle femme bien nourrie. Le corps arrive quand même à avoir des ressources. Par contre, il faut quand même que le dosage d’hormone soit présent pour que le lait soit produit et sorte du sein. 

Je n’ai pas connaissance d’études faites sur l’âge des mamans. Par contre, il est possible de lancer une lactation après avoir déjà allaité. On appelle cela une lactation induite, par exemple dans le cas d’une adoption,même des années après. On peut produire du lait, même si on n’a pas porté et accouché le bébé. 

 

pilule et allaitement

D) L’impact de la contraception sur l’allaitement

En parlant des hormones, j’avais une question autour de la pilule. Je sais que tu es formée sur la symptothermie, donc j’ai prévue des questions sur la contraception.

1) La symptothermie, bonne ou mauvaise idée avec l’allaitement ?

Capucine :  la symptothermie c’est une méthode de contraception naturelle qui est basée sur l’observation du cycle. C’est aussi efficace que la pilule. On prend en compte l’indice de Pearl, qui compte le nombre de grossesses accidentelles sur 100 couples. La symptothermie est à 0.3, ce qui est à peu près la même chose que pour la pilule. C’est un peu plus efficace que les stérilets hormonaux. et les stérilisations définitives (vasectomie et ligature des trompes).

Alexandra : il y a quand même des risques de grossesses avec les stérilisations définitives ? 

Capucine : Oui. 0,1. Je suis formée à la symptothermie. Je déconseille de se lancer là dedans pendant l’allaitement. Quand on n’a pas du tout connaissance de son cycle, ce n’est pas recommandé.  

Alexandra : Je confirme, c’est pour cela que j’ai un 2ème bébé ! Non, en vrai, je calculais à la louche, je ne faisais pas la symptothermie. C’était du à peu près.

Capucine : Tu nous fais de la mauvaise pub pour la symptothermie. 

Alexandra : Non, non, j’ai compris que je ne faisais pas de symptothermie. Ça ressemblait plus à la méthode du calendrier ou des “14 jours”. Je ne faisais pas d’observation du cycle. C’est pour cela qu’il y a eu un bébé qui est arrivé. 

Capucine : c’est souvent ça aussi. J’ai une patiente qui ne voulait pas se lancer là-dedans. Elle m’a raconté que sa cousine a fait ça et est tombée enceinte du petit troisième. En fait, c’est que les femmes pensent qu’on ovule au 14ème jour, elles mettent un parapluie à droite et à gauche.  Seulement 20 % des femmes ovulent le 14ème jour et d’un cycle à l’autre, on n’ovule pas le même jour. 

La symptothermie permet de suivre au jour le jour et elle donne une méthode quand on est débutante on va sécuriser un peu plus et au bout d’un moment, on passe experte et on a un peu plus de phase infertile. (Vous pouvez en apprendre plus sur la contraception naturelle ici) 

Par rapport à l’allaitement et l’impact des hormones sur la lactation. La prolactine qui produit le lait, elle va se bagarrer contre ton estrogène qui veut te faire ovuler. Donc tous les jours, qui va gagner ?  Ça dépend de la fréquence des tétées. 

Si tu allaites régulièrement ton bébé, ton taux de prolactine est suffisamment haut et il bloque ton cycle. Il empêche ton estrogène de décoller. 

Dès que la lactation va chuter, la prolactine diminue et l’œstrogène va repartir et déclencher cette première ovulation. On ne commence pas par des règles, mais par une ovulation. C’est pour cela qu’il y a des accidents et que l’on veut sécuriser et mettre une pilule. Autant les femmes identifient bien quand elles ont leurs règles, mais pas quand a lieu l’ovulation. 

Alexandra : On ne nous a pas appris à repérer l’ovulation. Au sujet du cycle, on apprend qu’on ovule le 14ème jour, nos règles ont sait les repérer. La plupart des femmes pensent même que quand on prend la pilule on a des règles. Alors que ces sont des “fausses règles”, des saignements de privation. 

2) La méthode MAMA (aménorrhée lactationnelle)

Alexandra : Est-ce que tu peux nous parler de la méthode MAMA ?

Capucine : La symptothermie donne aussi une méthode avec l’allaitement. La méthode MAMA, c’est moins de 4h entre 2 tétées, pas de biberon, pas de tétine, pas de tire-lait. Il faut que toute la succion soit au sein pour être sûre d’avoir suffisamment de prolactine qui bloque l’ovulation. C’est valable pendant les 6 premiers mois avec bébé, avec un indice de Pearl de 3.

Le préservatif est à 2.

Finalement, il y a peu de femmes qui arrivent à respecter cela. Parfois, il y a quand même une tétine, elle s’absente (donc tire leur lait). Mais ça marche, j’ai été infertile pendant 2 ans après mon deuxième enfant. il tétait suffisamment pour que ça m’ait bloqué mon cycle. ensuite ça a mis 6 mois, quand j’ai commencé à freiner l’allaitement, là j’ai vu mon cycle repartir. Il m’a fallu encore 6 mois pour déclencher mon ovulation. 

3) Quel est l’impact de la pilule sur la lactation ?

Alexandra : Quel est l’impact sur l’allaitement, de la pilule qu’on nous prescrit souvent après l’accouchement ? 

Capucine : il faudrait que je cherche des études. Il y a certains pédiatres qui pensent qu’il y a un impact sur les problèmes de puberté précoce chez les enfants, car les hormones passent dans le lait. Il y a un impact sur plein d’autres trucs : l’impact des plastiques, d’autres perturbateurs endocriniens (dans les parfums, le maquillage, les produits ménagers…). Je pense qu’il y a une baisse de la lactation, mais je n’en suis pas sûre à 100%. 

Alexandra : il y a des témoignages de mamans qui ont l’impression d’une baisse de lactation suite à la prise de la pilule.

Capucine : Ce qui serait assez logique si tu veux, c’est deux hormones qui normalement ne vont pas ensemble. Soit tu as de la prolactine, soit tu as tes hormones de ton cycle. 

Alexandra : J’ai fini avec mes questions. Je suis ravie d’avoir fait cette interview aujourd’hui. Merci beaucoup Capucine. 

Voici des témoignages de baisses de lactation lié à la pilule : 

https://www.leblogallaitement.com/les-inconvenients-de-la-pilule-face-a-lallaitement/

https://www.allaiteraparis.fr/professionnels-de-sante-et-allaitement/newsletter-allaitement/2014-2/contraception-baisser-lactation

https://www.lllfrance.org/vous-informer/fonds-documentaire/dossiers-de-l-allaitement/1196-da-52-contraception-par-pilule-progestative-et-baisse-de-la-secretion-lactee-8-cas

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